mercredi 25 mai 2011

Le ZKM de Karlsruhe : bien plus que 3 lettres


Spectacle de danse
au ZKM de Karlsruhe,
en Allemagne
Entendu sur la Radio nacional de España : “À Karlsruhe, il n’y a que deux choses remarquables : un plan urbain en éventail et le ZKM, Zentrum für Kunst und Media (Centre pour l’art et les médias), de renommée internationale.” Je veux bien croire le commentateur : j’adore la programmation absolument géniale et avant-gardiste du ZKM. Il y a quelque temps, c’est la performance de science-fiction de Sebastian Klemm, “Blank Point : The Initiation”, qui m’a littéralement éblouie.

En l’absence de siège, on est tout d’abord amené à rester debout dans
le Medientheater du ZKM, vaste cube noir, pour déambuler librement
dans la pièce. À nos côtés, s’agite constamment une équipe de “techniciens” qui tire des câbles, déplace les caméras mobiles, les chariots qui portent des écrans vidéos ou la table de mixage, prennent des photos... Les puissants projecteurs, dont l’intensité varie sensiblement, sont sans cesse en mouvement, comme à la recherche de leur objet et s’égarent volontiers dans le “public”, qu’ils éclairent à loisir. Comme ces yeux de lumière, nous cherchons nous aussi le coeur de la performance, tout en comprenant peu à peu que nous en sommes partie intégrante, visible (d’ailleurs, on nous filme, on nous photographie) et active.

Puis on remarque une jeune femme vêtue de couleur chair (pour ne pas dire nue) qui se tient appuyée à un étau de bois et se meut sporadiquement comme une poupée cassée, incapable de mouvements coordonnés. Une respiration féminine de plus en plus forte mêlée à des bruits métalliques se fait entendre, puis ce sont des sons et, enfin, des cris qui grondent. Le fond sonore est de plus en plus rythmé. Les télévisions qui retransmettent des images indistinctes ont été alignées ; les mouvements de celles-ci traduisent la tension ambiante à la manière des terminaux hospitaliers indiquant le rythme cardiaque d’un patient. Notre poupée danseuse est traversée par des spasmes, connaît des baisses d’énergie puis reprend de la vitalité. Enfin, elle réussit à se coordonner, à réapprendre son corps. Deux techniciens lui enlèvent alors ce que l’on imagine être des puces électroniques et qui la retiennent encore à sa capsule invisible et enfermante. Puis elle lutte vivement, faisant preuve d’une volonté à toute épreuve, contre l’enveloppe imaginaire de son cocon et finit par s’en extraire pour se mettre à danser, d’abord, sur des rythmes très saccadés, comme s’il s’agissait d’un exorcisme libérateur, puis sur de la musique plus groovy.

Mais ironie pour les visiteurs, du fait du réglage des faisceaux lumineux qui nous éclairent, nous, “public”, on distingue à peine la danseuse qui évolue bientôt derrière la ligne des projecteurs et qu’on aura finalement peu vue danser (au sens strict du terme). Les techniciens-acteurs cessent leur ballet et l’excellent DJ est désormais en place : nous n’avons plus qu’à danser et prendre notre vraie place dans la performance. La scène nous appartient.

Qui est public ? Qui est le réalisateur de l’oeuvre ? Où est-elle ? Où est la scène ? Où sont les coulisses ? Autant de questionnements sur les frontières mouvantes de l’oeuvre qui reviennent avec intelligence dans les travaux présentés au ZKM de Karlsruhe et en font, à mon sens, la Mecque de l’art contemporain en Allemagne et peut-être au-delà.

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