dimanche 22 avril 2012

A voté !

Voter depuis l'étranger
Premier tour des élections présidentielles françaises 2012, en Allemagne.

Le temps n'est pas très engageant : averses à gogo. L'entrée du centre culturel franco-allemand de Karlsruhe, où se tient mon bureau de vote, non plus : un passage obscur à côté d'un casino de mauvais goût, comme il y en a de nombreux en Allemagne (la politique peut parfois se prêter à un jeu sérieux mais tout de même !). Je suis un peu stressée : ce n'est pas tous les jours que l'on vote pour son président et c'est la première fois que j'accomplis mon devoir civique depuis l'étranger.

Mais je suis bien accompagnée et j'ai l'estomac contenté, comme il se doit pour les grandes occasions. Et une fois, la porte du centre culturel franchie, c'est tout un monde rassurant qui s'offre à nous et termine de nous détendre : on parle français, bien
sûr, mais avec cette politesse exquise (on nous dit "Madame", "Monsieur" ; on nous parle avec le plus grand des sérieux, le dos bien droit, pour nous indiquer le numéro de notre bureau de vote), le lieu a ce côté démodé français que l'on connaît bien, on est entourés de livres dont on identifie rapidement les éditeurs mythiques (Gallimard, Minuit, Bordas, etc.), on repère aussi les titres de films archi-connus et so french dont on se moque gentiment en souriant, on observe avec curiosité ses compatriotes venus nombreux (beaucoup de femmes, beaucoup de personnes ayant la cinquantaine), on se presse les uns contre les autres oubliant de suite qu'en Allemagne on ne se touche pas, on passe rapidement devant les portraits des candidats qui sont affichés bien sagement et au sec dans le couloir, on ne peut s'empêcher  de faire une plaisanterie avec une employée de centre culturel sur le chemin de l'isoloir, on écoute ensuite avec sympathie le jeune homme qui nous indique avec soin comment fermer notre enveloppe et qui emploie sans s'en rendre compte un mot allemand dans sa description, on se rend dans le traditionnel isoloir, on met le papier choisi en vérifiant trois fois qu'on ne s'est pas trompé, on stresse encore un peu parce qu'on a peur que l'on ne nous trouve pas sur la liste des électeurs, on patiente le bulletin suspendu au-dessus de l'urne puis l'on entend avec étonnement nos quatre prénoms que l'on ne prononce jamais ensemble, notre nom et notre ville de naissance, l'enveloppe glisse, "A voté !", on reprend notre respiration et on émarge en veillant à de ne pas avoir un coup de crayon trop fougueux.

Pour se remettre de l'émotion du vote et de celle procurée par ce retour aux sources inespéré, il faudra bien une petite bière ! ; )

3 commentaires:

  1. Merci pour cet article passionant, d´autant que je me demandais comment se passe le vote á l´étranger (je vote toujours dans ma commune d´origine, soit en débrouillant pour être lá le jour du vote, soit en votant par procuration).
    En fait c´est comme á la maison :-)

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  2. Article sympathique. J'avais l'impression d'y être ;)

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  3. @ Valérie : Oui, effectivement : voter à l'étranger, c'est voter comme à la maison. En tout cas en Allemagne !
    @ Jul : Peut-être s'est-on crois és ? ; )

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