lundi 9 juillet 2012

Le Bild, ce journal allemand si provocateur

Le quotidien allemand, Bild, c'est tout un poème. Il ne mesure pas plus de 8 pages. Mais quelles mensurations ! Il faut dire qu'on y trouve en dernière page une femme dénudée, bien comme il faut. Elles étaient d'ailleurs deux jusqu'au mois de mars dernier (l'autre éclairait la une de sa chevelure blonde à souhait) mais
la concurrence devait être sauvage et acharnée entre les deux dames... euh, pages. Il est vrai qu'on ne savait pu par quel bout prendre ce journal : la blonde généreuse de la une ou la blonde charnue de la dernière page. Ce dilemne créait une tension insoupçonnable et absolument insurmontable chez les lecteurs. Tension qu'il s'agissait de résorber pour la santé mentale de tout un peuple. Celui-ci était pourtant habitué à sa une provocante (mais pas sexy pour un sou. Ils sont forts, ces Allemands !) puisqu'elle était en vigueur depuis 1984.

Mais que voulez-vous, il semble que les hommes du comité de rédaction eux-mêmes n'en pouvaient plus de devoir se décider entre tel ou tel cliché (5 000 jeunes femmes auraient ainsi été prises en photo depuis les débuts). Alors, comme ils s'étaient retrouvés seuls, sans gent féminine et donc forcément désoeuvrés pendant la journée internationale des femmes (on avait forcé les secrétaires, femmes de ménage et autres préposées au courrier à prendre un jour de congé pour s'occuper de leur cuisine ou de leurs enfants ?), ils avaient pris cette décision aussi soudaine qu'absurde. "C'est peut-être un petit pas pour les femmes mais c'en est un grand pour Bild et tous les hommes d'Allemagne : Bild supprime la fille nue de sa page 1 !", avait annoncé ce jour-là le quotidien populaire allemand en une (et c'est vrai que ça allait changer la vie de millions d'hommes : ils allaient enfin devoir prendre la peine de parler et sourire aux femmes allemandes).

Mais qu'allait alors devenir ce journal allemand si provocateur, amputé d'une de ses filles ? Une vulgaire feuille de choux (allemand) avec moins d'images ("bild" signifie image) ? Comment allait-il continuer à faire saliver son lectorat et rester le quotidien le plus lu en Europe ?

Rassurez-vous : le Bild, véritable acteur de la presse à scandale, a plus d'un tour dans son sac. A l'occasion de son 60e anniversaire en juin, il n'a rien trouvé de mieux que d'entrer dans le livre Guinness. "Mais comment ?", me demanderez-vous, les yeux brillants. Eh bien, en diffusant 41 millions d'exemplaires de son numéro gratuit fêtant son anniversaire. Il fallait y penser ! Le record du monde est précisément celui du "plus gros tirage d'une édition spéciale gratuite d'un journal". Ce jour-là, bien plus que les 12 millions de lecteurs quotidiens se seront donc laissés tenter par la lecture du tabloïd allemand (cette proportion-là a dû être déçue de ne trouver que la fille de l'arrière-train du journal).

Bon, c'est bien joli de jouer le provocateur avec la quantité, mais what else? C'est là qu'on se demande si les hommes du comité de rédaction du Bild, lors de cette fameuse et obscure journée de la femme, n'ont pas été touchés par la grâce. Et je ne mâche pas mes mots. Quelques jours plus tard, le Bild publie en effet sa une rédigée... à la main ! Le quotiden veut tirer la sonnette d'alarme : du fait des nouveaux moyens de communication (téléphones sophistiqués en tête), l'écriture manuscrite disparaît. A l'heure d'Internet à fond les bananes, du web 3.0 coolissimes et autres gadgets gadgétisants tout sur leur passage, on aura tout de même l'étonnement d'avouer que ce Bild est décidément bien courageux et bien plus poétique que ce que l'on aurait pu penser. Ah, ces préjugés... Comme si l'on ne pouvait pas être à la fois à nu et intello... Décidément, très forts, ces Allemands !
(J'ai cependant une autre interprétation qu'il me faut partager au plus vite : je pense que le Bild a complètement raté le tournant numérique et qu'il retourne aux sources pour essayer de trouver l'inspiration qui lui permettra de remonter la pente, allégé désormais - donc - d'une fille).

>> Voir la une manuscrite du Bild daté du 27 juin 2012


Note importante : je déclare ici publiquement d'avoir jamais acheté Bild. Si je connais quelques détails sur le quotidien allemand, c'est parce que je suis parfois tombée (et ce, par le plus grand des hasards) sur des exemplaires laissés livrés à eux-mêmes dans le train. Le journal ne coûte que 70 centimes mais je préfère tout même m'acheter un Brezel !

2 commentaires:

  1. J'aimais bien lire ce journal lorsque que j'étais chez un döner...Ca faisait passer le temps et l'allemand n'était pas si difficile à comprendre ^^

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  2. Je me suis toujours demandé où peuvent bien se cacher les lecteurs de Bild. Officiellement, personne ne le lit et personne ne mate la fille qui fait office d'argument qualité. Officieusement, il y a deux millions d'abonnés. Je doute sérieusement que personne de ''bien'' ne le lise, ce n'est pas possible avec des chiffres pareils. S'agirait-il d'un côté schyzophrénique national?! Comme tu dis, tout un poème ce journal...

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