dimanche 23 septembre 2012

Un samedi soir à Karlsruhe

A Karlsruhe, on a parfois l'impression que les samedis soirs se suivent et se ressemblent. Pourtant, pour quiconque y met un peu de volonté, certains samedis soirs peuvent se transformer en d'étonnantes aventures.
C'est le cas de la deuxième nuit de la culture de Karlsruhe, baptisée d'un nom plus que bizarre : "Schwein gehabt!", soit littéralement "avoir eu du cochon" (comprenez : "avoir de la chance"). Le principe est simple :  l'espace d'une nuit, l'art et la musique investissent les anciens abattoirs de la ville de Karlsruhe (Alter Schlachhof). Voici ce que vous auriez pu vivre cette nuit-là, si vous étiez passé par Karlsruhe.
[Toute ressemblance avec des personnes réelles est bien entendu fortuite]
 
L'entrée de Schwein gehabt!
à Karlsruhe
Vous rencontrez d'abord quelques difficultés à identifier l'entrée officielle de la manifestation : pas de panneau indiquant l'événement. Vous vous fiez donc à votre intuition :  des dizaines de vélos stationnés devant une vieille porte en bois taguée ; du lierre qui dégringole pour en masquer l'entrée ; de la musique électro qui s'échappe et d'incessants allers et venues d'Allemands de tout âge ; oui, ce doit être là. Vous dépassez rapidement la première cour où un DJ auréolé d'une lumière bleue trône entre deux anciens réservoirs d'eau et rejoignez votre groupe d'amis.
Ensemble, vous vous arrêtez un instant devant le karaoké où certains chanteurs amateurs se signalent par leur tenue ou leur belle voix. Mais ce qui vous laisse vraiment baba, c'est ce jeune fluet crachant du metal (il en faut pour tous les goûts) en veux-tu en voilà,  avec une voix d'outre-tombe incroyablement puissante. Devant tant de rage, vous vous réfugiez dans la salle de concert, TollHaus, où vous attend un jazz s'inspirant de la Nouvelle-Orléans. Pour votre plus grand plaisir, le groupe, très talentueux, ose quelques remakes jazz bien sentis de morceaux classiques comme "Shéhérazade" de Rimsky-Korsakov et "Lettre à Elise" de Beethoven.

Musique électro & pixels

Une petite exposition de peintures à dominante animale loge dans un des bâtiments industriels. Vous y jetez un oeil avant de rejoindre le bâtiment "geek". Le public y danse sur des sons improbables, entourés de pixels.

Vous préférez faire un tour au bar punk Alte Hackerei ("ancien hâchoir") pour jouer une partie de baby-foot. Vos amis perdent la partie en deux minutes top chrono pendant qu'un Allemand vous parle chiffons, surpris que vous portiez un tee-shirt et un foulard rouge. Mais la musique est trop forte, vous n'entendez pas grand'chose : le cours d'allemand sera pour une prochaine fois. Vous décidez alors d'aller danser un peu au Substage où la musique est variée et agréable, vous étonnant tout de même que tout le monde danse en direction de la scène, vide.

Entraînement de Street art à Karlsruhe


Puis, dans un autre bâtiment industriel, vous reprenez votre souffle installés sur des coussins Fatboy à modeler soi-même (on est cool ou on ne l'est pas). En face, un parcours reproduit des obstacles urbains où de jeunes sportifs sautent de blocs en blocs et exécutent des figures, parfois avec beaucoup de technicité. L'ambiance est détendue : leur show officiel est terminé depuis longtemps, on compte une dizaine de spectateurs et nous sommes bon public : ) "Schwein gehabt!" touche à sa fin. Enfin, c'est ce que l'on croit...

Vous vous dirigez vers la sortie où se trouvent les deux réservoirs qui encadraient le DJ bleuté. Dans l'un d'entre eux, s'est installé un groupe de jeunes. Oui, oui, on peut y pénétrer ! Vous regardez un long moment le deuxième réservoir resté libre en vous demandant si vous allez rentrer vous aussi dans cette tour métallique, haute d'une dizaine de mètres et large de quatre mètres environ. Chacun de vos amis passe tour à tour la tête à l'intérieur du hublot permettant l'accès pour prendre l'ampleur de la situation : l'espace est vide mis à part quelques papiers au sol, une lumière bleutée éclaire doucement le tout et la musique y résonne bizarrement. Vous hésitez à entrer dans ce truc bizarre, d'autant plus tentant. Comme on n'est jamais très sérieux quand on n'a pas d'enfant, vous vous décidez et vous hissez avec vos petits bras par l'étroite ouverture, jupe la première. Vous êtes bientôt rejoint par l'un de vos amis. Les autres ne se décident pas à entrer. Et c'est peut-être mieux ainsi car après cinq minutes là-dedans, vous commencez à éprouver le vif besoin de retrouver l'air frais.
Le problème, c'est sortir, surtout quand on commence légèrement à paniquer... Uhm... Vous essayez de sortir en mettant la jambe droite dehors mais bien sûr, le reste ne suit pas (l'ouverture du hublot fait une cinquantaine de centimètres) et vous ne réussissez pas à sortir. Vous faites la même chose avec la jambe gauche mais comme vous êtes symétrique, ça ne marche toujours pas. Vous essayez les deux jambes en même temps mais décidément, non, c'est mal aisé. Dernière solution pour se sortir de là : vous jeter la tête la première, que vos amis restés dehors vous prennent les épaules et que l'ami resté à l'intérieur vous tienne les jambes. Bonne idée mais nouvelle difficulté : vous ne savez pas si c'est parce qu'ils sont fatigués ou qu'ils n'ont pas assez mangé, mais vos amis restés à l'extérieur ne sont visiblement pas pressés de vous aider, mais alors pas du tout ! Devant un tel attentisme, vous paniquez (ou vous énervez, vous ne savez plus) et vous lancez la tête la première : ils sont alors bien obligés de vous réceptionner pour vous sortir de là, ce qu'ils font sans trop se faire prier. Non, mais ! Bref, la sortie est non seulement folklorique (vous faites la planche) et rageante : l'ami entré dans le réservoir, bien plus grand que vous, est sorti sans encombre (et sans honte). Votre fièreté en prend un coup.

Pour vous remettre de vos émotions, vous allez donc danser un peu au Carambolage et finir ainsi votre samedi d'une façon... euh... plus classique !

Un ancien abattoir rtransformé en lieu culturel, à Karlsruhe

2 commentaires:

  1. C'est pas bien de te moquer des piètres performances de tes amis au baby foot ;-)

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  2. "Toute ressemblance avec des personnes réelles est bien entendu fortuite."

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